Accueil du site / Prises de position / Un professeur de morale Témoin de Jéhovah !

Le site internet enseignons.be [1] relaie une information pour le moins édifiante : une enseignante Témoin de Jéhovah donne le cours de morale non confessionnelle dans une école primaire de la région de Malmédy. Après enquête, le dossier a été clôturé sans suite et l’enseignante restera donc en fonction.
Les cas de ce genre ­- où le cours de morale est dispensé par des professeurs croyants, mais aussi pratiquants -, étant de toute évidence loin d’être isolés, la question se pose aujourd’hui de manière de plus en plus lancinante : les cours de morale sont-ils le pendant « philosophiquement laïque » des cours de religion, auquel cas il serait légitime d’avoir envers ces enseignants les mêmes garanties convictionnelles [2] que vis-à-vis des professeurs de religions, notamment en matière d’attachement aux principes du libre examen (notamment le refus du dogme) ? Ou sont-ils des cours « universalistes », ayant pour mission d’accueillir tous les élèves dans le respect de leurs convictions pour leur dispenser un enseignement fondé sur la réflexion critique, la citoyenneté démocratique, l’éducation affective et sexuelle, etc., auquel cas il serait absurde de maintenir, à côté de ce cours universaliste, des cours de religion, à vocation par essence particulariste ?

De toute évidence, le cours de morale, et plus encore l’enseignant de ce cours, souffre aujourd’hui de son statut hybride. Aussi le R.A.P.P.E.L. souhaite-t-il interpeler le monde politique, mais aussi le monde laïque, afin que l’on sorte enfin de cet imbroglio préjudiciable aux élèves, aux parents et aux enseignants.
En tout état de cause, dans la logique actuelle, il est proprement aberrant qu’une enseignante de morale non confessionnelle aille propager la parole divine le dimanche matin (chez des parents d’élèves, ce qui ajoute au piquant de l’affaire) sans que personne n’y trouve rien à redire. Accepterait-on par ailleurs qu’un professeur de religion fasse campagne, à ses heures perdues, en faveur de l’athéisme ?
Le R.A.P.P.E.L. se prononce pour sa part pour le remplacement des cours improprement appelés « philosophiques » par un cours commun à tous les élèves. Face au danger toujours réel de dogmatisme et d’obscurantisme, face à la méconnaissance de l’autre génératrice des opinions préconçues et de l’intolérance, le R.A.P.P.E.L. estime que l’école a le devoir de favoriser le débat et la confrontation d’idées, la remise en cause des pseudo-certitudes et l’ouverture à l’autre. Pour ce faire, il est urgent de concevoir un lieu où tous les élèves, sans distinction aucune, se trouveraient rassemblés autour d’un projet essentiel : celui de faire de chacun un citoyen libre et responsable et une conscience autonome douée d’esprit critique.

Pour le R.A.P.P.E.L.,
Philipp Bekaert
Yvan Biefnot
Nadia Geerts
Jamila Si M’Hammed

notes:

[1] http://www.enseignons.be/actualites/2010/02/28/professeur-morale-temoin-jeovah

[2] garanties dont on voit bien à quel point elles seraient difficiles à obtenir et la difficulté d’en fixer les critères, outre les problèmes que cela soulève du point de vue de la liberté de conscience et du respect de la vie privée

Bookmark and Share