Accueil du site / Prises de position / Lettre ouverte à Madame Marie-Dominique Simonet : votre proposition est hypocrite, insuffisante et inapplicable

Le R.A.P.P.E.L. a pris connaissance de votre proposition d’interdire les signes religieux ostensibles dans l’enseignement officiel maternel et primaire ainsi que dans le cycle inférieur du secondaire.

Hypocrite

De manière étonnante de la part d’une ministre, votre proposition se garde bien de poser la seule question qui devrait se poser en la matière, à savoir celle de la place des convictions religieuses dans la sphère scolaire. Vous prétendez au contraire analyser la question sous l’angle exclusif des – prétendues - libertés individuelles.

Or, des questions telles que la segmentation de l’espace scolaire (communautarisme), l’immixtion du religieux, ou la défense, au sein de l’enseignement, du principe fondamental d’égalité entre garçons et filles ou de celui de laïcité ne peuvent se morceler en fonction de l’âge ou du niveau d’enseignement des élèves concernés. Telles sont les questions urgentes, que devraient se poser les acteurs compétents en matière d’enseignement.

Insuffisante

Préconiser de limiter l’interdiction des signes religieux à la fin du cycle inférieur seulement, c’est infliger un véritable camouflet aux directions d’écoles qui ont, à 95 %, estimé nécessaire d’interdire ceux-ci pendant toute la durée de l’enseignement obligatoire. C’est les laisser bien seules lorsqu’elles devront défendre leur choix de maintenir cet interdit, lors de nouveaux recours devant les tribunaux qui ne manqueront pas de se produire. C’est également tolérer que des fillettes de maternelle continuent à porter le voile dans l’enseignement confessionnel.

Inapplicable

Sur le terrain, si votre proposition est adoptée, cela signifiera que des élèves majeurs ou presque, mais fréquentant toujours le cycle inférieur de l’enseignement secondaire, ne pourront pas exhiber les signes extérieurs de leurs convictions, alors que d’autres pourront le faire à quinze ans à peine, parce qu’ils auront atteint le cycle supérieur. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu’outre qu’elle augmentera inévitablement le désarroi du corps professoral, une telle situation générera, elle aussi, des recours devant les tribunaux.

Le R.A.P.P.E.L. demande quant à lui aux responsables politiques et aux ministres compétents en matière d’enseignement, selon les termes de sa pétition lancée en 2006 contre l’immixtion du religieux à l’école,
« de légiférer dans le sens de l’interdiction de tout signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse dans le cadre scolaire, pour les élèves et a fortiori pour les enseignants, et ce dans tous les établissements scolaires bénéficiant de subsides publics ;
de mettre tout en Å“uvre pour préserver l’école des tentatives d’immixtion du religieux dans les décisions concernant le contenu des enseignements et les critères d’organisation de la vie scolaire, partant du principe que la méthode scientifique et le libre examen doivent continuer à y prévaloir sur tout dogmatisme ou vérité révélée. »

Pour le R.A.P.P.E.L.,
Philipp Bekaert
Yvan Biefnot
Nadia Geerts
Jamila Si M’Hammed

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